De la terre dans les yeux
Usine Utopik, Tessy sur Vire
Du 10 février au 23 avril 2023
[VO]
Du 10 février au 23 avril 2023
[VO]
Exposition collective avec Vincent Bellanger, Alexandre Daull, Yseult Fayolles, Philippe Godderidge, Kee-Tea Rha, Lukas Richarz, Sylvain Thirouin et [VO]
Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses #2
Texte écrit pour le catalogue de l’exposition « De la terre dans les yeux »
Dans la pièce « Mapping the studio II, with color shift, flip, flop and flip/flop (fat danse John Cage 2001) », Bruce Nauman filme son atelier. Les sept caméras donnent à voir l’espace quand l’artiste n’y est pas.
J’attends.
Mais rien ne se passe.
J’attends.
J’observe.
Tout autour de moi, ces écrans, qui disent une présence encore vibrante dans le calme exalté des matériaux, des pensées, des matières entreposées.
Relief de fabrication. Travail en suspens.
Formes en devenir.
Ainsi, tout est là !
J’éprouve une acuité aiguë de l’état de la métamorphose. Cette plasticité potentielle et incertaine… Moins le fait que le faire.
Tout cela est une histoire de présent. L’atelier s'ouvre à un entre-deux : ce qui a été et ce qui pourra être. Un présent, passage balloté entre le souvenir et la projection. Vivre en atelier, expérimenter une superposition de temporalités. L’atelier est “comme une œuvre qui ne veut pas finir, qui paraîtra contenir du vivant” dirait Paul Dardenne dans « Exposer l’énergie : l’art contemporain en (quelques uns) de ses chantiers (2010) ». L’atelier, c’est définitivement l’endroit de l’inachevé, de la tension, du possible, de l’expérimentation où l’artiste s’éprouve par le geste.
Pourquoi vouloir sortir de cet in-fini qui nous est permis ? La terre, trouvée, simple, offerte, est déjà un trésor dans la promesse de ses métamorphoses. Puisée, elle dit quelque chose du temps des millénaires, sa composition, ses transformations souterraines et autonomes. Elle paraît informe, elle semble poussière ou agglomérat, sans limite. La pensée du présent lui prête désormais une intention, la main lui cherche une forme. Le corps entier s’empare d’elle, qui résiste et qui dicte. Mais sa puissance de départ ne saurait être réduite à du fini ! Les œuvres ne doivent-elles pas respirer le vivant de l’atelier, l'épaisseur et la force de la terre ?
On n’en finirait pas si on voulait suivre les songeries de l’homo faber qui s’abandonne à l’imagination des matières. Jamais une matière ne lui semblera assez travaillée parce qu’il n’a jamais fini de la rêver. Les formes s’achèvent, les matières jamais. La matière est le schème des rêves indéfinis” Gaston Bachelard
L’atelier est mon lieu sans bord, où le centre se cherche et s’échappe sans cesse. où se puise l’esthétique de l’inachevé.